« Dis-moi comment tu parles, je te dirai d’où tu viens. » Poche, drache, cagole, chocolatine, gâche… Autant d’expressions qui hissent la France à la deuxième place des pays d’Europe occidentale en nombre de langues régionales. Toutefois, savez-vous combien on en dénombre en France ? Vingt ? Quarante ? … Vous donnez votre langue au chat ? Quatre-vingt-deux d’après les chiffres du ministère de la Culture, dont plus de cinquante dans les territoires d’outre-mer ! Et vous ? Parlez-vous une langue régionale française ?
Comment se définissent nos langues de France ?
Selon le ministère de la Culture, les langues régionales se caractérisent par :
- leur ancienneté par rapport au français.
- leur aire géographique.
Elles se différencient également par leur statut, c’est-à-dire par le degré de reconnaissance accordé par l’État. Le français, langue de la République, est considéré comme prioritaire.
Voici la liste de nos langues régionales, reconnaissez-vous la vôtre ?
- basque ;
- breton ;
- catalan ;
- corse ;
- alsacien ;
- francique mosellan ;
- flamand occidental ;
- francoprovençal (centre-est) ;
- parlers liguriens (Monaco).
Et bien sûr, la langue d’oïl au Nord :
- bourguignon-morvandiau ;
- champenois ;
- franc-comtois ;
- gallo ;
- lorrain ;
- normand ;
- picard ;
- poitevin ;
- saintongeais ;
- wallon (au nord de la France).
La langue d’oc au Sud :
- gascon ;
- languedocien ;
- provençal ;
- auvergnat ;
- limousin ;
- vivaro-alpin (au sud de la France).
Et n’oublions pas nos parlers des territoires d’outre-mer, la Nouvelle-Calédonie possédant à elle seule, vingt-huit langues kanakes.
👉 Quelle est la langue régionale la plus parlée en France ? Allez, on vous aide… Les langues créoles. Elles compteraient plus de 10 millions de locuteurs natifs.
Dialecte, patois, argot ? Comment s’y retrouver ?
Pour désigner une langue régionale française, plusieurs termes sont utilisés : dialecte, patois, argot… Mais selon vous, veulent-ils exprimer la même chose ? Eh bien, non ! Il y a bien une nuance.
Les dialectes
Les dialectes demeurent attachés à une zone géographique (Provence, Occitanie, Bretagne…). Ils comportent un nombre réduit de locuteurs.
Le patois
Le patois en revanche se définit par son oralité. Il est plutôt employé dans une aire réduite et en milieu rural. Le patois est souvent perçu comme péjoratif.
Et l’argot ?
En ce qui concerne l’argot, c’est un « ensemble des mots particuliers qu’adopte un groupe social vivant replié sur lui-même et qui veut se distinguer et/ou se protéger du reste de la société… » (Larousse). C’est le cas du Loubechem.
👉 Connaissez-vous le Loubechem ?
C’était le langage secret des bouchers des halles au XIXe siècle. Cette corporation le parlait encore en 1978 comme le montre cette archive de l’INA sur l’argot des bouchers.
Maintenant que nous parlons d’accents, peut-être vous demandez-vous si les Parisiens en possèdent. Eh bien, oui ! Du moins au début du XXe siècle. C’est le fameux langage des titis parisiens… aujourd’hui malheureusement disparu.
Mais si vous voulez vous en faire une idée, voici l’enregistrement d’un tapissier daté de 1912.
Enfin, plus étonnant, les langues de France ne sont pas toujours parlées… la preuve en audio :
Langue sifflée de la vallée d’Aas (archives INA)
À écouter sans modération !

L’influence de l’histoire et de la géographie sur nos langues régionales
Notre histoire de France a sans conteste influencé nos langues régionales, comme en témoignent nos belles provinces.
À partir du milieu du Ve siècle av. J.-C., la Bretagne, comme d’autres régions de la Gaule, s’intègre à la culture celte. À la fin de l’Antiquité, les migrations de la Grande-Bretagne vers la péninsule armoricaine s’accentuent et créent une culture particulière. La langue bretonne en fait partie. Elle provient donc des îles britanniques, comme le gallois et le cornique (groupe britonnique).
Le catalan
Le catalan comporte de nombreux traits hispaniques. Il se répartit entre la France et l’Espagne. En Andorre, le catalan est la langue officielle.
Le Corse
Le corse possède historiquement une influence italienne. C’est en 1768 que l’Île de Beauté, au départ italienne et sous domination génoise, devient française (traité de Versailles).
Le basque
Le basque se parle en France (Pyrénées-Atlantiques) et en Espagne. C’est dans ce pays que l’on rencontre le plus grand nombre de locuteurs. On ignore l’origine de cette langue régionale. Elle serait antérieure à la langue indo-européenne. Il existe plusieurs théories sur son apparition, dont celle de l’isolat.
Les langues créoles
Enfin, les langues créoles témoignent d’un triste passé colonial. Elles se sont formées aux XVIe et XVIIe siècles, à partir des langues utilisées par les colons, ces derniers parlant… un dialecte régional.
C’est en effet en 1539, afin de faciliter les échanges, que le français devient la langue administrative du royaume de France. Mais les langues régionales ne disparaitront pas, bien au contraire. Après la Révolution, l’État cherchera à les supprimer. L’enseignement obligatoire interdit alors de parler un dialecte à l’école… seulement pour un temps…
Langue régionale française : les lois
Voici quelques dates à retenir afin de comprendre l’évolution des langues régionales en France.
👉 C’est en 1951, le 11 janvier, que le basque, le breton, le catalan et l’occitan entrent officiellement dans les écoles. Le corse y sera introduit plus tardivement, en 1974, puis suivra le tahitien en 1981.
👉 En 1958, le français est proclamé langue de la République dans l’article 2 de la Constitution.
👉 En 1992, cet article est réadopté à l’Assemblée nationale pour lutter contre… l’anglais (malheureusement de plus en plus présent, même dans les administrations !).
Le rôle de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France
En 2001 est créée la DGLFLF, rattachée au ministère de la Culture.
Son rôle consiste à :
- veiller à la promotion de la langue française ;
- la protéger.
En 2008, la réforme de la Constitution introduit l’article 75-1 : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. »
Un nouveau tournant a lieu en 2021 grâce à la loi Molac. Cette loi protège les langues régionales et les promeut.
Elle autorise :
- l’enseignement immersif dans les écoles publiques, aux horaires normaux et ceci dans le but de « proposer l’enseignement de la langue régionale à tous les élèves » ;
- la signalétique bilingue dans les services publics.
👉 Le saviez-vous ? Selon L’Express qui cite l’Éducation nationale, les élèves des écoles immersives en breton obtiennent de meilleurs résultats. Ceci aux évaluations d’entrées en sixième, au brevet et au baccalauréat.
Bevet Breizh !
Le financement de nos langues régionales : une nécessité pour leur sauvegarde
La richesse des langues régionales ne réside pas seulement dans leur diversité, mais aussi dans leur fragilité. Leur sauvegarde nécessite des actions concrètes, souvent soutenues par des politiques culturelles et des financements publics ou privés.
Pourquoi investir dans nos langues régionales ?
Préserver les langues régionales, c’est :
- soutenir l’identité culturelle locale ;
- favoriser la diversité linguistique face à la montée de l’homogénéisation culturelle ;
- renforcer le lien intergénérationnel afin de transmettre les traditions.
L’exemple de l’Office public de la langue Bretonne
L’Office public de la langue bretonne (ofis publik ar breshoneg) a été créé en 2010. Il illustre parfaitement la question du financement d’un organisme œuvrant pour la revitalisation d’une langue régionale. Cet établissement public de coopération culturelle est cofinancé par l’État, la région, les départements et les communes bretonnes.
Il pilote plusieurs projets :
- création de classes immersives bilingues en breton-français ;
- traduction de documents administratifs et signalétique bilingue ;
- soutien aux médias en langue bretonne, comme la chaîne de télévision Brezhoweb.
Grâce à un budget annuel de plus d’un million d’euros, cet organisme peut développer ses actions. Il joue un rôle clé dans la transmission intergénérationnelle et la visibilité de la langue bretonne.
Comment les langues régionales sont-elles financées ?
La préservation et la promotion des langues régionales s’appuient sur plusieurs types de financement :
- subventions publiques (État, collectivités locales, ou institutions européennes) ;
- partenariats privés (entreprises ou mécènes sensibilisés à la cause linguistique) ;
- événements culturels (festivals, ateliers ou expositions attirant des fonds et sensibilisant le public).
Les langues de France, un enjeu pour l’avenir
Dans un monde où les langues minoritaires disparaissent rapidement, chaque action compte. Le financement de projets liés aux langues régionales est une urgence culturelle. Il ne s’agit pas seulement de préserver des mots ou des tournures, mais de maintenir en vie l’âme même de nos régions.
👉 Découvrez dans notre article Comment financer la culture les mécanismes qui permettent de soutenir ces initiatives essentielles.
Les langues locales en France : un patrimoine immatériel à préserver
Les langues régionales reflètent notre diversité culturelle et historique. Elles incarnent une part précieuse de notre patrimoine immatériel. En les préservant, nous maintenons vivantes les traditions, les savoirs et les identités locales. Ces langues, souvent transmises oralement de génération en génération, enrichissent notre héritage collectif. Leur sauvegarde est donc essentielle.
Il existe heureusement de nombreux évènements culturels qui sauvegardent nos belles langues de France. Citons les journées européennes des langues, les festivals (chants et danse basque, fête des langues bretonnes, festival interrégional des cultures occitanes…).
Il existerait ainsi 6 000 langues dans le monde. D’ici la fin de ce siècle, plus de la moitié disparaitra. En cause ? La mondialisation et l’usage de l’anglais. Nos dialectes régionaux se trouvent donc en danger. Les spécialistes estiment d’ailleurs qu’une langue est sauvée lorsque le taux approche des 40 %. Or, dans certaines régions, ce taux est à peine de 10 %.
Pour sauver notre patrimoine français, apprenons une langue régionale française !
👉 Bonus :
Vous les découvrirez également dans les archives de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) : langue régionale et dans l’Atlas sonore des langues régionales de France.