Oui, les savons solides écologiques possèdent de nombreux avantages. Avec eux, on réduit notre consommation de plastique et nos déchets et ils durent plus longtemps. Ils sont par ailleurs meilleurs pour notre santé et on peut les fabriquer nous-même. Passer à ce type de produit est l’un des changements les plus simples à effectuer : qu’on veuille prendre soin de sa santé ou préserver la planète. Bien qu’ils soient économiques, pratiques et écolos, ils ne demeurent pourtant pas exempts de problèmes. Mais comment savoir si un savon solide est réellement écologique ?

Comment fabrique-t-on un savon solide écologique ?

La saponification à froid

 

Lorsque l’on choisit un savon solide par souci de protection de l’environnement, on doit s’intéresser à son mode de fabrication. Car au-delà des ingrédients, la méthode employée pour le concevoir peut avoir un impact considérable sur son empreinte écologique.
À l’origine, la création d’un savon solide s’avère très simple. On mélange les huiles ou les beurres végétaux à de l’eau et à de la soude caustique.

La décomposition des corps gras par la soude forme naturellement du savon et de la glycérine : c’est la saponification.

Lorsqu’elle a lieu à froid, la réaction chimique génère de la chaleur. De cette façon, les bienfaits des corps gras sont préservés, pour un produit fini doux pour la peau, parfumé et efficace !

Pour un savon artisanal, on mélange les huiles (ou les beurres) et la soude jusqu’à la prise de la pâte. Puis on la coule dans un moule à savon. Vingt-quatre heures plus tard, on le démoule, on le coupe et on le laisse sécher durant quatre semaines. C’est lors de cette période, appelée « la cure », que le processus de saponification se termine.

La saponification à chaud

 

La saponification à chaud s’avère très avantageuse pour les fabricants de savon. Le procédé permet en effet de produire en grande quantité et plus rapidement. Cependant, les très hautes températures dégradent les huiles et les beurres, et leur font perdre leurs propriétés.

Cette technique ne laisse pas la glycérine se former, alors qu’elle est l’un des ingrédients les plus bénéfiques : agent hydratant et émollient, elle adoucit et nourrit la peau.

Certains industriels commettent également l’erreur d’utiliser trop de soude. Lorsque c’est le cas, il faut rincer la pâte à de nombreuses reprises, car c’est un produit très irritant. Cela nécessite de consommer de très grandes quantités d’eau et enlève en même temps la glycérine de la préparation !

Ces deux actions mènent beaucoup de fabricants à faire le même choix : ajouter de la glycérine alors que la saponification à froid en fait naturellement ! Celle-ci peut être d’origine végétale, mais aussi être synthétique.

Quand elle est issue de la pétrochimie, la glycérine est l’un des principaux ingrédients à éviter pour un objectif écoresponsable.

huile essentielle

Mon savon contient-il des huiles éthiques ?

Les huiles végétales dans les savons solides durables

 

Si les huiles utilisées dans la fabrication d’un savon solide écologiques sont végétales, elles ne demeurent  pas pour autant bonnes pour l’environnement. Plusieurs d’entre elles, dont l’huile de palme, génèrent des impacts désastreux sur la nature. Leur culture massive entraîne la déforestation sur des millions d’hectares, une catastrophe pour les écosystèmes.

L’huile de coco, grande favorite, ces dernières années, des produits cosmétiques, n’est pas non plus exempte de critique. Sa production serait encore plus néfaste pour la biodiversité. En effet, sa production aurait contribué à l’extinction de plusieurs espèces. Par ailleurs, leur plantation affecterait quelque 66 variétés d’animaux et végétaux menacés, tous placés sur liste rouge.

 

Pour un savon plus éthique, tournez-vous plutôt vers :

  • l’huile d’olive ;
  • le ricin ;
  • le beurre de karité (de préférence éthique).

La culture biologique des olives possède un impact positif sur l’environnement. On compte 1,5 kg d’équivalent CO2 rejeté dans l’atmosphère pour la fabrication d’un litre d’huile, contre 11,5 tonnes de CO2 fixés dans le sol, par hectare et par an ! Toutefois, préférez les productions locales, régies par les lois françaises et européennes.

Elles se caractérisent par une exploitation plus vertueuse.

Dans certains autres endroits du monde, les oliveraies constitueraient une menace pour plusieurs espèces.

Le beurre de karité doit aussi être naturel, c’est-à-dire non raffiné. Ce procédé est pratique mais polluant. Il implique souvent des matières premières acquises de manière inéquitables, ainsi que de moins bonnes qualités. De plus, le beurre raffiné perdrait également 50 à 80 % de leur propriété !

Comment faire un savon solide écologique

Atelier pour fabriquer des savons à base d’huile d’olive. Jardin des Oliviers à Sanary-sur-Mer (c) N. Baills

Les huiles essentielles dans les savons solides naturels

 

Les huiles essentielles possèdent une bonne réputation dans l’univers du bien-être et des cosmétiques pour leurs bienfaits. Elles demeurent donc un ingrédient très courant dans la confection d’un savon solide.

Mais comme les huiles végétales, leur production peut être néfaste pour l’environnement. Le commerce d’oléolats est parfois à la source :

 

  • d’agriculture intensive ;
  • de pollution d’écosystèmes aquatiques ;
  • d’exploitation humaine.

 

De nombreux industriels sont tentés d’importer des matières premières depuis des pays où la main-d’œuvre s’avère plus économique. Mais la population locale est contrainte à travailler dans des conditions sanitaires et environnementales désastreuses.

En effet, il faut énormément de matière première pour préparer une faible quantité de marchandise : pour 1 kg d’huile essentielle, l’écorce de 2 000 oranges est nécessaire, ou un champ entier de roses ! Leur production implique donc, en fonction du végétal, beaucoup de terrain et encore plus d’eau.

L’essence de lavandin par exemple se révèle un très bon substitut à tout autre oléolat pour les savons. La France est le plus gros producteur mondial de cette plante et n’en importe donc pas.

Les hydrolats demeurent également une meilleure option : ils sont plus sûrs d’utilisation et leur fabrication demande beaucoup moins de plantes que celle des huiles essentielles !

 

Pour résumer, un savon solide le plus écologique possible devra provenir :

À quoi ressemble la liste INCI d’un savon solide écologique ?

 

 

La liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) est l’inventaire des ingrédients qui représentent plus de 1 % d’une composition. En dessous de ce dosage, les fabricants ne sont pas tenus de mentionner la présence d’un élément.

Pourquoi ? De manière à protéger leurs « secrets de fabrication ». Ces éléments se classent de la plus grande concentration à la plus faible, sans préciser leur quantité. Le consommateur peut toutefois obtenir la composition des produits

Dans le cas des savons solides, nous savons déjà que seuls 3 ingrédients sont indispensables :

✔️ un ou plusieurs corps gras ;

✔️ de la soude caustique ;

✔️ de l’eau.

À ces ingrédients s’ajoutent parfois des huiles essentielles.

Cependant, la recette indiquée sur les étiquettes des articles que l’on achète au quotidien n’indique pas toujours que ces ingrédients.

Plus la liste est longue, plus il est probable d’y trouver des composants issus de la pétrochimie. Notamment, parce que les effets des uns doivent contrebalancer les effets des autres. Et trop souvent, ces produits sont fabriqués avec des dérivés de pétrole.

Les savons solides ne demeurent donc pas toujours écologiques ! Beaucoup d’entre eux, appartenant à de grandes marques, contiennent un nombre important d’éléments nocifs pour l’environnement.

Pour passer au travers des mailles du filet, la présence de certains labels reconnus peut vous aiguiller :

✔️ Commerce Équitable ;

✔️ Agriculture Biologique ;

✔️ Slow Cosmétique ;

✔️ Cosmétique Bio – Charte Cosmebio ;

✔️ Certified Natural Cosmetics BDIH ;

✔️ Nature et progrès ;

✔️ www.nature.org ;

✔️ Ecocert.

Labels écologiques

Les produits à éviter dans un savon solide respecteux de l’environnement ☢️

Le nombre de composants à éviter dans vos produits cosmétiques demeure assez conséquent. Il en existe de toutes sortes, plus ou moins dangereux pour la santé et/ou la planète. Dans le cas des savons solides, certains sont récurrents et faciles à repérer.

 

⛔ EDTA : le tétrasodium edta est un élément non biodégradable, particulièrement nocif pour l’environnement. Il protège le corps des métaux lourds en les enfermant, mais il les transporte dans l’eau par la suite ! Les stations d’épuration ne peuvent pas filtrer le tétrasodium edta. Celui-ci se déverse dans les cours d’eau et les océans, emportant avec lui les métaux lourds.

🚩  Les repérer dans la liste INCI : disodium edta, trisodium edta et tétrasodium edta.

 

⛔ Trisodium etidronate. Ce stabilisateur de couleur, de texture et d’odeur n’est pas biodégradable. Tout comme les EDTA, les stations d’épuration ne le filtrent pas et il se retrouve dans l’eau.

 

⛔ Limonène : c’est un parfum, mais aussi un allergène réglementé. Il est biodégradable, mais potentiellement bioaccumulable par certaines espèces marines. Cela signifie que des animaux ou végétaux peuvent absorber et concentrer ce produit dans leurs organismes.

 

⛔ Oxyde de Zinc : utilisé en tant que colorant blanc et comme filtre UV, il est très dangereux pour les poumons en cas d’inhalation. Il demeure donc interdit sous certaines formes.

 

⛔ Dioxyde de Titane : colorant et filtre UV, il est cancérigène si inhalé, peu importe sa taille. Toutefois, il est autorisé en bio sous forme de nanoparticules.

⛔ Sulfates : ces agents moussants et détergents sont particulièrement connus comme composants à éviter. Polluants, toxiques, cancérigènes, irritants et allergisants, ils assèchent la peau et la rendent perméable aux autres substances nocives.

 

🚩  Les repérer dans la liste INCI : Sodium Lauryl Sulfate, Sodium Laureth Sulfate et Ammonium Lauryl Sulfate.

 

⛔ Perturbateurs endocriniens : d’origine synthétique, ces éléments peuvent provoquer de graves maladies sur le consommateur et sa descendance ! Les plus connus sont les parabens, les silicones, les phtalates et le phénoxyéthanol.

 

 

Alors non, les savons solides ne sont pas systématiquement écologiques, mais ils peuvent l’être ! Comme tous les produits de notre quotidien, certains demeurent plus « verts » que d’autres. De nos jours, ce n’est plus un produit écoresponsable en lui-même. Mais si l’on connaît les critères pour établir son choix ou si on sait comment les fabriquer, passer au savon solide peut devenir un geste vertueux pour la planète. Si on le choisit avec un minimum d’emballage (pas en plastique bien sûr), peu d’ingrédients (d’origine saine, naturelle et éthique), réalisé par saponification à froid, on obtient un savon solide écologique ! 🍀