Vous visitez le Tarn ? Il serait dommage de manquer le musée maritime de la ville rouge. Dédié aux voyages du navigateur albigeois, le musée Lapérouse d’Albi vous plongera dans l’histoire de sa dernière expédition.

Alors, prêt à embarquer et à découvrir les vestiges de ce voyage qui s’acheva tragiquement en 1788 ?

Jean-François Galaup de Lapérouse : un navigateur albigeois

Jean-François Galaup de Lapérouse est né en 1741 au manoir du Gô, à Albi. De santé fragile, rien ne le destine à la navigation. Pourtant, il devient rapidement l’un des marins les plus prometteurs du règne de Louis XVI.

Un aristocrate terrien passionné par la mer

 

Dès ses 16 ans, Lapérouse embarque, en tant que cadet, sur des navires de guerre. Il fait très jeune l’expérience du feu et de l’emprisonnement. Libéré par les Anglais en 1760, il est promu enseigne de vaisseau en 1764.

Militaire accompli et humaniste, Lapérouse est décoré par la croix de Saint-Louis en 1677. Il s’illustre particulièrement pendant la guerre d’indépendance américaine. Il sera d’ailleurs reçu en 1781 par le général George Washington. C’est donc un jeune capitaine de vaisseau que Louis XVI choisit en 1785 pour commander son ambitieuse campagne.

Un marin au service du règne de Louis XVI

Le roi Louis XVI nourrit une véritable passion pour la science, la mer et les découvertes. Il caresse un dessein gigantesque : organiser une expédition royale sur un circuit de 150 000 km pendant 1 003 jours.

Les enjeux, colossaux, sont de plusieurs ordres :

♟️ géographiques ;

♟️ humains ;

♟️ scientifiques ;

♟️ médicaux.

Lorsqu’il confie le commandement du projet à Lapérouse, il met à disposition du capitaine deux navires de 500 tonneaux. Le jeune capitaine les rebaptise pour l’occasion la Boussole et l’Astrolabe.

Lapérouse et Louis XVI recrutent 225 hommes, marins, savants et artistes qui quittent Brest le 1er août 1785.

La Pérouse

Portrait de Jean-François de La Pérouse (source : Gallica, Bnf).

Une expédition d’immense ampleur

L’Astrolabe et la Boussole mettent immédiatement le cap sur Madère, Tenerife et Sainte- Catherine. Leur but ? Découvrir et explorer les îles du Pacifique non explorées par James Cook. À chaque escale, Lapérouse et ses équipes réalisent un travail cartographique. Ils consignent des remarques scientifiques, observent la nature et les hommes.

En février 1788, après un arrêt à Botany Bay (Nouvelle-Galles du Sud), les deux navires quittent l’Australie vers les îles Salomon. Ils ne donnent ensuite plus aucun signe de vie.

En février 1791, l’expédition est déclarée perdue « corps et biens ».

Pendant plus de deux siècles, des navigateurs, des chercheurs et des plongeurs tentent de reconstituer les événements. L’existence du musée Lapérouse s’inscrit ainsi dans cette démarche.

expedition laperouse

Biens culturels maritimes de l’expédition de Lapérouse. Musée d’Albi (Nathalie Baills).

Les collections du musée Lapérouse : une enquête maritime qui remonte le temps

 

L’histoire des collections du musée Lapérouse retrace 250 ans de recherche. Chaque bien culturel maritime mis à jour apporte sa part de réponse dans cette enquête passionnante.

Où a coulé Lapérouse ? Les premiers vestiges de Vanikoro

 

En 1826, soit 40 ans après la disparition de Lapérouse, Jules Dumont d’Urville localise le lieu du naufrage : les récifs de corail de Vanikoro !

Dès 1827, le navigateur anglais Dillon détermine le lieu de la dernière escale de Lapérouse : Tonga. On suppose que La Boussole se serait d’abord mise en difficulté sur les récifs de Vanikoro avant de sombrer. L’Astrolabe aurait alors tenté de sauver le navire amiral, en vain. Les équipages auraient ensuite été attaqués et le vaisseau aurait naufragé un mille plus loin

 

Le camp des Français : refuge des derniers survivants

 

Mais que sont devenus les survivants du naufrage ?

En 1829, Louis de Tromelin identifie le camp des rescapés du naufrage de l’Astrolabe. Les survivants auraient en effet monté un camp sur l’île de Vanikoro, à proximité de la plage de Païou. Il sera appelé le « camp des Français ».

Deux hommes seraient restés sur place alors qu’une demi-douzaine d’autres auraient construit une pirogue et tenté de partir. Vers où ? Mystère !

Grâce aux sources historiques et aux fouilles archéologiques, le camp des Français est formellement identifié en 1999.

 

Des objets de l’expédition ont été mis au jour dans les différentes îles de Vanikoro. Témoignent-ils du parcours des naufragés partis en pirogue ? L’énigme demeure.

La statue Lapérouse

 

Commandée en 1840 par la ville d’Albi au sculpteur Nicolas Raggi, la statue de Lapérouse est livrée en 1843. Ce monument de bronze a nécessité la fonte de 3,5 tonnes de canons réformés. Il mesure 3,5 m de hauteur et représente le capitaine en pied.

La statue est d’abord exposée à l’entrée du Salon de la peinture au Louvre et acheminée ensuite à Albi en 1844. Pendant neuf ans, elle sera l’objet de pourparlers quant à son emplacement dans la ville, la mise en œuvre de son piédestal et la confection de ses bas-reliefs.

Elle est officiellement inaugurée en 1853, place Lapérouse. Quatre ancres et deux canons découverts à Vanikoro seront ensuite disposés autour de son piédestal. L’ensemble du monument (statue de bronze, piédestal et fondations) est entièrement restauré en 2021.

statue laperouse albi

Statue du capitaine de vaisseau de La Boussole. Place Lapérouse à Albi (Nathalie Baills).

Les premières expositions ponctuelles

En 1977, le docteur albigeois Pierre Amalric se rend à Vanikoro. Son but ?  Négocier auprès des autorités la possibilité de ramener en France divers biens culturels maritimes retrouvés sur le lieu du naufrage.

En 1983, il crée l’Association Lapérouse Albi France. Cette dernière collabore avec l’Association Salomon, créée en 1981 par Alain Conan et basée à Nouméa. Cette dernière organise les expéditions de fouilles sous-marines à Vanikoro, sous l’égide du Drassm.

Pendant plusieurs années, les objets mis au jour sont acheminés et déposés à Albi. Une première exposition à lieu en 1978, au musée Toulouse-Lautrec, puis une autre, de plus grande ampleur, en 1985. Elle se tiendra lors de la tenue d’un colloque international consacré à Lapérouse.

 

L’installation d’un musée maritime permanent

Les objets exposés retracent l’histoire de la vie à bord des vaisseaux :

✅ maquettes de bâteaux ;

✅ uniformes ;

✅ armes et munitions ;

✅ accessoires d’habillement ;

✅ objets de la vie quotidienne ;

✅ outils ;

✅ instruments de navigation et de médecine ;

✅ monnaie ;

✅ objets religieux ;

✅ documents d’archives.

Ces collections permettent ainsi de comprendre comment se déroulait la vie maritime au XVIIIe siècle.

Le musée est érigé dans les anciens moulins albigeois, sur la rive droite du Tarn. Dès l’ouverture, en 1988, la direction et la gestion sont confiées au conservateur en chef du musée Toulouse-Lautrec. Puis, en 2004, l’Association Lapérouse reprend les rênes jusqu’en 2017. Le musée redevient municipal en 2018. 

En 30 ans, le musée a rassemblé suffisamment d’objets pour présenter au public la trame de l’expédition Lapérouse.

 

De l’association Lapérouse Albi France à l’institutionnalisation du musée

 

Le musée Lapérouse est pensé comme un jalon au milieu d’un circuit mondial qui retrace les expéditions de la Boussole et de l’Astrolabe.

 

La construction des jalons par l’association Lapérouse

 

En 1827, l’explorateur Dumont d’Urville édifie un cénotaphe* à Vanikoro, à la mémoire des équipages. Dans les années 60, Haroun Tazieff et Pierre Anthonioz élèvent à leur tour un monument commémoratif sur les lieux du naufrage. Ce dernier, détruit par l’érosion, a été reconstruit depuis.

Un « La Perouse Museum » sort de terre en 1988, à Randwick (Botany Bay). Albi signe alors un jumelage dans un esprit de coopération culturelle. Le square devant le musée Lapérouse est ainsi baptisé «Botany Bay ». Le musée s’inscrit donc dans un projet globalisé qui rend hommage au tour du monde de Lapérouse. L’association Lapérouse d’Albi continue de commémorer chaque escale dans le monde entier en érigeant une plaque ou un monument.

* Mausolée à la mémoire des équipages engloutis. Il ne contient aucun reste humain.

monument laperouse Randwick Australie

Monument commémorant le passage de l’expédition Lapérouse, à Randwick, en Australie (Newtown Grafitti, Flickr).

Les Mises en dépôt

 

Les collections du musée se sont enrichies au cours des années grâce aux nombreux dépôts consentis. Le plus considérable provient de Nouméa où réside l’Association Salomon. En effet, la majorité des vestiges retrouvés sont conservés au musée Maritime de Nouméa.

Entre 1980 et 2009, ces plongeurs passionnés ont organisé 8 campagnes de fouilles, certaines en collaboration avec le Département de recherches archéologiques, subaquatiques et sous-marines (Drassm).

Albi dispose ainsi d’une collection de 600 objets appartenant à une dizaine de propriétaires : le Drassm, le Musée Maritime de Nouméa bien sûr, mais aussi le Musée national de la marine, le Musée militaire de l’Empéri (Salon-de-Provence) et quelques particuliers.

Focus sur les dépôts

La plus grande partie des biens culturels maritimes présents au musée, hormis les maquettes, appartiennent à l’État. Ces biens culturels maritimes sont gérés par le Drassm. En effet, d’après le code du patrimoine, les biens culturels maritimes situés dans le domaine public maritime, dont le propriétaire n’est pas susceptible d’être retrouvé, appartiennent à l’État.

« constituent des biens culturels maritimes, les gisements, épaves, vestiges… qui sont situés dans le domaine public maritime… » (L532-1-2)

La troisième vie du musée Lapérouse à Albi

 

Un récolement* du Drassm a eu lieu en 2021. Il s’inscrit au sein d’un vaste projet : le musée Lapérouse s’apprête à vivre un déménagement. En effet, le musée devrait s’installer dans la vaste enceinte d’une ancienne trésorerie : Les Cordeliers. Le projet est coordonné par le directeur du Musée national de la Marine. Il ne s’agit pas ici d’enrichir la collection, mais plutôt de créer un espace novateur. Dans l’esprit du projet de Louis XVI, une scénographie originale permettra une expérience immersive. Celle-ci avait été très appréciée en 2008 au Musée national de la marine. Il convient de rappeler que le grand projet dont Lapérouse avait le commandement avait été fondé sur plusieurs principes :

 

🗺️ découvrir le monde par la cartographie ;

🗺️ identifier des lieux pour y installer des comptoirs ;

🗺️ observer la nature ;

🗺️ conserver la santé des hommes.

Ce nouveau lieu devrait également accueillir un pôle de recherche. Il vise également à recevoir 80 000 visiteurs par an.

* Inventaire qui identifie l’origine, l’état et la localisation de chaque objet.

 

Pour visiter le musée Lapérouse d’Albi

Le Parking le plus proche du musée d’Albi : 11 rue de la Madeleine, Albi.

Horaires d’hiver (novembre à février) : 10h-12h / 14h-17h du mardi au dimanche.

Horaires d’été (de mars à octobre) : 9h-12h / 14h-17h du mardi au dimanche.

 

Tarifs :

Adultes : 4€

Enfants, étudiants, demandeurs d’emploi : 2,50€

Albi City Pass : 2,50€

 

Ainsi, le musée Lapérouse d’Albi s’est construit au fil des découvertes terrestres et sous-marines des deux derniers siècles. En lien avec d’autres institutions, il vise à éclairer la vie maritime au XVIIIe siècle, en particulier celle de l’Astrolabe et de la Boussole. Aujourd’hui, l’investissement et l’engouement pour ces recherches sont à la hauteur du grand projet royal de 1785.

 

Marie Jacob pour Le Style est

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